Fuites de données par chatbot IA aux Pays-Bas : les leçons de l'AP
Cabinet médical, opérateur télécom, municipalité d'Eindhoven : les violations de données par chatbot notifiées à l'AP néerlandaise, et comment les prévenir.

Aux Pays-Bas, les fuites de données liées à l'IA ne sont plus une hypothèse. L'Autoriteit Persoonsgegevens (AP), l'autorité néerlandaise de protection des données, reçoit des notifications de violations causées par des salariés qui ont saisi des données personnelles dans des chatbots comme ChatGPT. Un cabinet de médecine générale, un opérateur télécom, puis une grande municipalité ont été concernés.
Ces cas sont précieux parce qu'ils sont documentés. Ils montrent comment la fuite se produit, pourquoi elle est souvent découverte tard et ce que la loi impose ensuite. Voici ce que l'on peut en retenir, et comment éviter de se retrouver dans la même situation.
L'alerte de l'AP en août 2024
En août 2024, l'AP a publié un avertissement clair : elle avait reçu plusieurs notifications de violations de données dues à des employés ayant saisi des données personnelles, par exemple des données de patients ou de clients, dans un chatbot IA. Selon l'autorité, cette saisie peut donner à l'entreprise qui exploite le chatbot un accès non autorisé à ces données.
Deux exemples ont été cités :
dans un cabinet de médecine générale, un employé a saisi des données médicales de patients dans un chatbot, contrairement aux règles internes ;
dans une entreprise de télécommunications, un employé a saisi un fichier contenant notamment des adresses de clients.
L'AP rappelle que la plupart des fournisseurs conservent les données saisies, souvent sur leurs propres serveurs, sans que l'utilisateur ni les personnes concernées sachent ce qu'il en advient.
Eindhoven : une fuite mesurée sur 30 jours
En décembre 2025, le cas de la municipalité d'Eindhoven a été rendu public. Un contrôle interne portant sur la période du 23 septembre au 23 octobre 2025 a montré que des agents avaient téléversé des données personnelles d'habitants et de collègues sur des sites d'IA publics comme ChatGPT : documents liés à la protection de la jeunesse, rapports internes et CV, souvent de personnes vulnérables.
La municipalité a notifié l'AP le 23 octobre. Elle a bloqué l'accès aux sites d'IA publics, mis à disposition un outil interne dans un environnement sécurisé, demandé à OpenAI de supprimer les fichiers et renforcé la surveillance du trafic sortant. Un point frappe : comme les fichiers avaient disparu au bout de 30 jours, la commune n'a pas pu mesurer l'ampleur totale de la fuite ni informer les habitants concernés.
D'après la presse économique néerlandaise, l'AP a reçu des dizaines de notifications de ce type en 2024 et 2025, avec une hausse d'une année sur l'autre.

Pourquoi c'est juridiquement une violation de données
La position de l'AP est précise. Si un salarié utilise un chatbot de sa propre initiative, contre les règles de son employeur, et y saisit des données personnelles, il s'agit d'une violation de données. Si l'employeur autorise l'usage, ce n'est pas une violation au sens strict, mais l'AP souligne que ce traitement n'est souvent pas légal pour autant. Les organisations doivent éviter les deux situations.
Autrement dit, ni l'interdiction sur le papier ni l'autorisation sans cadre ne protègent l'entreprise. Ce mécanisme est détaillé dans notre anatomie d'une fuite de données par l'IA.
L'obligation de notification
Comme partout dans l'Union européenne, le RGPD impose de notifier une violation de données à l'autorité dans les 72 heures après en avoir pris connaissance, sauf si elle est peu susceptible d'engendrer un risque. Pour les fuites via un chatbot, l'AP indique qu'une notification est requise et que l'information des personnes concernées est obligatoire dans de nombreux cas.
Le cas d'Eindhoven montre la difficulté pratique : pour notifier correctement, il faut savoir quelles données sont parties, quand et vers quel service. Sans journal des envois vers l'IA, l'organisation travaille à l'aveugle. Si elle est soumise à NIS2, elle doit aussi articuler cette notification avec ses obligations cyber, comme expliqué dans notre article sur NIS2 et le traitement des données par l'IA.
Ce que recommande l'AP, et ce qui manque
L'AP recommande aux organisations de :
convenir clairement avec les salariés si l'usage des chatbots est permis ou non ;
préciser, si l'usage est permis, quelles données peuvent être saisies et lesquelles sont interdites ;
envisager un accord avec le fournisseur pour qu'il ne conserve pas les données saisies.
Ces mesures sont nécessaires, mais elles reposent sur la discipline de chacun. Or les cas notifiés à l'AP concernent justement des salariés qui ont agi contre les règles. Nous expliquons pourquoi dans notre article sur les limites de la formation à la sécurité IA.
La prévention en pratique
Bloquer tous les sites d'IA, comme l'a fait Eindhoven, arrête la fuite mais aussi les usages utiles. Une approche plus fine consiste à placer un contrôle au moment exact où le texte ou le fichier part vers l'assistant :
détection des données personnelles et sensibles dans les prompts et les fichiers ;
anonymisation automatique, avertissement ou blocage selon le type de données ;
journal horodaté de chaque incident, utile pour décider rapidement s'il faut notifier.
C'est ce que fait une solution de DLP pour l'IA. Elle couvre aussi les usages de l'IA fantôme, ceux que les équipes informatiques ne voient pas.
À retenir
Les Pays-Bas offrent l'un des rares retours d'expérience documentés sur les fuites de données par chatbot. L'AP a reçu des notifications réelles, du cabinet médical à la municipalité. Saisir des données personnelles dans un chatbot contre les règles internes est une violation de données, avec notification à la clé. La meilleure défense combine des règles claires et un contrôle technique qui agit avant l'envoi et laisse une trace.
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